lundi 20 janvier 2014

Inquiétant...L'économiste teuton



Allemagne une fourmi fragile.

Une croissance de 2 %.
Le plein-emploi.
Des comptes en excédent.

De quel pays parlons-nous ?
De la France en 2020 ?
De l'Irlande en 2001 ?

Non.
Le lieu de ce « miracle » c'est l'Allemagne de 2014.


Et pourtant tout ne va pas si bien au royaume d'Angie et cela commence à se dire à Bruxelles.

Alors que la Commission prépare une « enquête approfondie » sur l'excédent récurrent de la balance des paiements de la République fédérale, les langues se délient aussi dans le milieu académique.
En témoigne une récente conférence du centre de recherche Bruegel, dont l'invité était Jörg Zeuner, le chef économiste de la puissante banque d'investissement publique allemande KfW.

Car outre-Rhin, la formidable accumulation de richesse a une face sombre : l'atonie des investissements.

En 2014, la formation de capital devrait atteindre 5 % du PIB.
C'est certes plus que ces dernières années. Mais cette reprise est « cyclique », assure Jörg Zeuner.
En tendance, les entreprises et les ménages allemands investissent 2 % de PIB de moins que les autres Européens.

Un comble !

La « transition énergétique », le seul projet clairement identifiable du deuxième mandat de la chancelière, « n'est pas financée », tranche l'économiste.

Pour satisfaire aux seuls objectifs d'efficience énergétique, le pays devrait mettre pas moins de 10 milliards d'euros par an de plus au pot.
Alors pourquoi cette pusillanimité ?
Le géant allemand est-il atteint d'une déprime passagère ou d'un mal plus structurel ?
La deuxième option pourrait être la bonne.

Le fédéralisme allemand se porte mal

Les gouvernements locaux dégagent un excédent de 8 milliards d'euros par an, mais comme leurs résultats sont très inégaux selon les régions, cet argent reste dans les caisses des très riches, déjà suréquipés.
Un exemple ? Faites un tour en Bavière pour le constater.
Or les collectivités décentralisées (Länder, communes, etc.) assurent 70 % des investissements publics.
La péréquation entre Länder est d'une complexité à côté de laquelle les arrangements les plus ardus entre pays européens ressemblent à un jeu d'enfant.
En acceptant d'épuiser son « droit » au déficit dans le cadre de la double règle d'or allemande et européenne, l'Allemagne pourrait dégager les 100 milliards d'euros d'investissement publics par an qui lui font défaut, estime la KfW.
Si elle ne le fait pas, c'est que sa « Transfer Union » (entre Länder) est en panne.
Ensuite, notre voisin n'est pas le paradis de la productivité que l'on croit.
Il a certes un avantage culturel : la faculté de distribuer les tâches clairement et d'échapper à cette lutte de tous contre tous, à cette culture implicite de la concurrence et de la performance individuelle qui mine la France.
Mais il reste un pays cher.
Et ce n'est pas la création d'un salaire minimum qui va arranger les choses.
Outre-Rhin, on ne délocalise pas les usines, mais on a cessé de les agrandir. Le marché de la construction industrielle est atone.
Et les investissements à l'étranger explosent.
D'autant plus que la main-d'oeuvre se fait rare. Pour satisfaire les besoins, il faudrait faire passer la journée de travail de 7,5 à 11 heures, estime la KfW.
Bloqué par des réflexes conservateurs, le pays a réussi à faire progresser le taux d'activité des femmes, mais sans le réconcilier avec la natalité. Avoir des enfants et travailler reste bien souvent un insurmontable dilemme outre-Rhin.

Le pays traîne comme un boulet des banques affaiblies

Sait-on que Berlin est, de toutes les capitales européennes, celle qui a englouti le plus d'argent dans le sauvetage de son secteur bancaire après 2008.
Que s'est-il passé depuis ?
La continuation d'une guérilla secrète avec l'autorité européenne de la concurrence pour préserver des intérêts bancaires étroitement connectés, via les caisses d'épargne et les Landesbanken, au monde politique.
À cette aune, l'Union bancaire qui vise justement à dénationaliser la surveillance et l'assainissement du secteur est au moins aussi nécessaire à l'Allemagne qu'à l'Espagne.
Malheureusement, la première négocie en position de force et risque d'obtenir le droit de continuer à s'administrer son propre poison en résistant à tout prix, au nom de la souveraineté budgétaire de son parlement, au nécessaire transfert des compétences de surveillance et de résolution bancaires au niveau européen.
Ajoutez à l'excès de prudence le déclin démographique, et le géant égoïste que certains pointent du doigt prend les traits d'une fourmi fragile.
Florence Autret

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