samedi 7 mars 2015

Enfoirés d'imbéciles




Fallait-il vraiment en faire tout un plat :
d'une petite chanson ?


Il y a quelque chose de délicieux à observer le nouveau maccarthysme qui fleurit dans une société obsédée par les «dérapages», les «sorties de route» et l'usage du pilori médiatique.



Avec le concours démultiplicateur de réseaux sociaux qui reproduisent à la vitesse de la lumière les opinions des procureurs improvisés.
Mais il ne s'agit plus de débusquer les communistes en période de guerre froide.
Non, le nouveau crime qui vaut excommunication, et qui est au moins aussi vague que l'accusation du sénateur McCarthy, c'est de se rapprocher plus ou moins d'une entité dévorante et indéterminée: la réaction.
Dernière victime: le gentil par excellence, le chanteur consensuel du bovarysme contemporain et des rêves d'évasion, Jean-Jacques Goldman.
La polémique sur la dernière chanson des Enfoirés a ceci d'amusant qu'elle réunit dans la dénonciation lapidaire des «réacs» «antijeunes» (crime suprême), un JoeyStarr et un Jacques Attali. Aux antipodes l'un de l'autre?
En fait, qui se souvient du formidable petit essai de Jean-Claude Michéa, La Caillera et son intégration (Climats, 1999), comprendra comment un représentant de ce rap qui a érigé l'imagerie de la loi de la jungle et de l'argent roi en affirmation identitaire peut rejoindre un des artisans de la mondialisation heureuse et dérégulée.
Vulgaire et antijeune pour l'un, marchant pour l'autre sur les traces du FN… Qu'est-ce donc qui a pu déclencher une telle artillerie?
Une chanson pleine de bonnes intentions sur une jeunesse qui interpelle la génération précédente, celle, bénie, du plein-emploi (davantage la génération de Jean-Jacques Goldman et Maxime Le Forestier que de ceux qui les entourent), et se voit répondre par des vieux volontairement présentés comme un peu angélistes (et donneurs de leçons quand ils disent à ces «petits cons» de ne pas fumer) «faut vous bouger», «ce qu'on a, on ne l'a pas volé».
Un peu de second degré, un peu de bons sentiments et tout le monde se réconcilie.
De Natacha Polony

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