dimanche 28 juillet 2013

Elle file un mauvais coton


La Deutsche Bank est au pied du mur.



Personne n’aurait osé toucher à la Deutsche Bank en Europe.
Arc boutée sur le gouvernement allemand, la principale et la plus prestigieuse banque allemande souffrait depuis longtemps d’une insuffisance notoire de fonds propres.
Aucune autorité européenne n’a réussi à la forcer à cette cure d’amaigrissement.
Les stress tests de l’Autorité Bancaire Européenne, omettaient soigneusement toute indication de manque de capitaux propres pour la banque allemande.
La Banque se vantait en juillet 2011 de la confirmation par l'ABE de son ratio de fonds propres de 5% alors qu'il est effectivement inférieur a 3%.


Il a fallu que les autorités américaines s’emparent du problème et, utilisant les critères américains de capitalisation des banques, sortent un rapport qui met en exergue l’absence de marge de manœuvre de la Deutsche Bank, et son insuffisance de fonds propres pour qu’enfin, la banque allemande, annonce qu’elle va, au cours de l’année qui s’écoule, augmenter ses fonds propres.


Le FDIC a en effet déclaré que la Deustche Bank était "horriblement sous-capitalisée".
Qui plus est, selon le Financial Times, elle envisagerait de diminuer son bilan de 20% en vendant pour 250(1) milliards d’euros d’actifs.
La banque allemande dépend en effet de ses activités américaines dans une très large mesure et ne peut se permettre de ne pas respecter les ratios des États-Unis. 
L’annonce, sans surprendre le monde bancaire, a étonné par sa brutalité et son ampleur.
La banque allemande doit d’urgence atteindre un niveau de fonds propres que la BNP Paribas a réussi à atteindre par une réduction importante de son bilan.
Elle dénote aussi une forme de complaisance des autorités allemandes et européennes face à une des grandes banques européennes disposant d’un leadership mondial.
Deutsche Bank est considérée par les autorités internationales comme une  systemically important financial institution (SIFI). En clair, elle est trop importante pour pouvoir tomber en faillite.  


Revoir les structures financières européennes.
Avec 350% du PIB européen en actifs bancaires en Europe contre 75% aux Etats-Unis, l’Europe souffre d’une sur-bancarisation structurelle qui mine la finance européenne.
Pour que la cure d’amaigrissement de la Deutsche Bank n’ait pas un impact négatif sur l’ensemble de l’Europe, il va falloir trouver acquéreur.
250 milliards de dollars ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval par les temps qui courent en Europe.
L’appétit mondial pour des actifs européens n’est pas excessif.
Qui souscrira à ses huit milliards d’euros  obligations convertibles qui seront en première ligne en cas de crise ?
Il est indispensable que le financement des entreprises s’obtienne principalement via  les marchés de capitaux pour les États et les grandes entreprises.
Ceci implique aussi que les Gouvernements trouvent d’autres poches de capitaux que les bilans des banques qu’ils ont plombées.
Cela ne les a pas empêchés, ensuite, en parfaite hypocrisie, de leur reprocher d’avoir investi massivement en emprunts d’Etat.
La santé de tout système bancaire passe par cette discipline.
L’action de la Deutsche Bank est une admission implicite d’une complaisance dans sa gestion d’actifs.
C’est particulièrement vrai dans ses activités obligataires et en produits dérivés sur lesquelles aucune transparence n’existe. 
C’est aussi une reconnaissance que, dans la mondialisation de la banque, même les plus prestigieux doivent mettre leur maison en ordre.
A l’Europe maintenant de forcer un dégorgement du système bancaire européen.
La BCE aura-t-elle le courage ou l’autorité, lorsque son analyse des banques européennes sera finie, de forcer cette évolution indispensable au financement de la croissance économique dont l’Europe a tant besoin.


C’est à la fois urgent, compliqué et indispensable.

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