dimanche 2 septembre 2012

Le Prix de l’inégalité




J Stiglitz Prix Nobel d’économie 2001, l’ancien conseiller de Bill Clinton s’indigne contre les excès du libéralisme dans son dernier livre sur les inégalités en Amérique. 
 
J'estime que les États-Unis ne sont plus le pays de l’égalité des chances et de son ascenseur social.

Nous nous sommes toujours pensés comme une terre d’égalité des chances. 

Or dans l’Amérique d’aujourd’hui, 1% de la population capte 93 % de la création de richesses et les plus nantis n’ont qu’une obsession : augmenter leur part du gâteau. L’argent ne redescend plus. 
En trente ans, nous avons créé une machine économique à sens unique. 
Et il existe un lien très fort entre le système politique, sous la coupe des intérêts particuliers, et le système économique qui en découle.

Nos règles du jeu, la dérégulation de tout les marchés, le moins d’impôts, le moins de dépenses publiques ont fini par précariser des millions d’Américains. 


Le mouvement Occupy Wall Street est né de ce constat et de l’idée que cela ne peut plus durer. Je suis pour ma part convaincu que Bill Gates aurait travaillé tout aussi dur s’il avait été davantage taxé.
«Notre économie continue de produire de la croissance. Mais les Américains voient leur niveau de vie s’éroder.»
La faute à l’économie de marché ou à l’État mauvais gestionnaire?

Les marchés ont un pouvoir énorme mais ils n’ont pas un profil moral intrinsèque. 

C’est l’État qui donne le "la" en tempérant ou en encourageant les excès qu’ils génèrent. 
Dans notre histoire, nous avons connu des périodes de fortes inégalités précisément parce que l’État avait démissionné. 
Ce fut le cas à la fin du XIXe siècle dans l’euphorie de la conquête de l’Ouest qui a fait émerger les tycoons du rail. Puis le gouvernement a dégainé les premières lois antitrust. 
Juste après le krach de 1929 et la grande dépression, le New Deal a recréé un contrat social en adoptant des lois sur les retraites, l’emploi et le salaire minimum. 
Aujourd’hui, nous sommes arrivés à une situation cauchemardesque mais il n’est pas trop tard pour faire marche arrière.
Je soutien que les écarts de richesse coûtent cher à l’économie.

Plus une économie est inégalitaire, plus elle devient instable et perd en efficacité.

Aujourd’hui, notre économie continue de produire de la croissance.
Pourtant les Américains voient leur niveau de vie s’éroder, gagnent moins en termes réels qu’il y a dix ans.
D’immenses ressources industrielles sont sous-utilisées et la job machine est grippée.
En mars, 24 millions d’Américains étaient à la recherche d’un emploi et des millions de personnes continuent de perdre leur logement. Le coût politique de ces déséquilibres est en train de tuer le rêve américain. Les inégalités minent nos valeurs et notre identité. Je trouve déprimant que les moins bien lotis et les jeunes en particulier aient boudé les dernières élections, persuadés que leur vote ne servirait à rien.

En France vous faites un meilleur travail de redistribution que nous et que certains de vos voisins comme le Royaume- Uni, juste derrière les États-Unis dans le classement des pays les plus inégalitaires. Je me souviens de la visite de Nicolas Sarkozy à New York en plein débat sur la réforme de notre système de santé. Il trouvait aberrant que l’accès aux soins pour tous ne soit pas perçu comme un droit fondamental.


On ne remet pas une économie sur pied avec un programme de rigueur. 


François Hollande a raison de s’opposer à une politique fondée sur l’austérité. 

Quand l’État dépense moins, la demande baisse encore plus, le chômage augmente, les salaires baissent, on taille dans les transferts sociaux et ce sont les populations les plus fragiles qui trinquent. 
On assimile à tort le budget de l’État à celui des ménages. Un ménage isolé doit vivre dans la limite de ses moyens.

Un gouvernement, quand il dépense plus qu’il ne gagne, peut agir en stimulant la production et en créant des emplois. La création des richesses qui en découle peut être plusieurs fois supérieure aux dépenses engagées.

Il faut que l’État intervienne. Il doit réguler les banques, les entreprises. Il faut aussi corriger les excès en taxant davantage les hauts revenus, promouvoir l’investissement public.


Je suis déçu par BO. Il lui a fallu plusieurs années pour dire que les riches devaient payer plus d’impôts, pour critiquer les banques et aider les propriétaires frappés par la crise des subprimes. C’est frustrant mais, entre lui et Mitt Romney, il y a un monde.




* Le Prix de l’inégalité, Éditions LLL, 25 euros.

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