lundi 8 juin 2015

la faute d'aujourd'hui est la norme de demain




Alain Rey



Étés-vous constamment attentif 

aux fautes de français,

 aux fautes d'orthographe?
 
Oui et non. 
 
J'entends les fautes parce que je connais les

règles, mais je n'ai pas la notion de la faute

 qu'ont les professeurs.


Leur métier, c'est de garder une norme pour transmettre
la langue, pour sa survie à long terme. 
 
Mais parler de faute est déjà un choix, ce n'est jamais qu'un écart par rapport à la norme sociale. 
 
Il y a une formule que j'adore, mais qui fait bondir les pédagogues : "la faute d'aujourd'hui est la norme de demain". 
 
Les fautes de l'ancien Français sont devenues les règles, sans quoi le français n'aurait pas évolué par rapport au latin. 
 
Quand une langue est écrite, elle acquiert une solidité et une résistance, mais en même temps, elle se durcit par rapport à l'oral. 
 
On perd la spontanéité et la musique d'une langue quand on l'écrit.

Que vous inspirent les ayatollahs de 
l'orthographe, qui sévissent sur Internet
notamment?

Ceux qui m'énervent, ce sont les puristes qui ne connaissent rien à l'histoire des mots. 

 
D'autres sont des partisans de l'analogie, qui cherchent à normaliser à tout prix.
 
Ça peut être légitime dans certains cas.
Mais l'histoire est une leçon d'irrégularité.



Alain Rey 87 ans, le linguiste et lexicographe est une figure emblématique de la rédaction des dictionnaires Le Robert et le président du jury du Festival du mot.

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