lundi 4 décembre 2017

INTERSEXE


Intersexe

une plainte contre la chirurgie

des nouveau-nés


Pour la première fois en France, 

une plainte pour mutilation a été 

déposée par une personne en 

inter sexuation.

Camille a 38 ans et il a été opéré à 
de nombreuses reprises à partir de 
sa naissance pour anomalie des 
organes génitaux.

Il revendique le droit au 
consentement et souhaite que les 
interventions chirurgicales et 
hormonales non nécessaires 
médicalement cessent.

Une option difficile à appliquer pour
les médecins dans un pays où seuls 
deux genres masculin et féminin 
sont reconnus.



De quoi s’agit-il ?
Comme environ 2% des nouveau-nés*, Camille est venu au monde en ne présentant pas l’anatomie requise pour déterminer un sexe masculin ou féminin de façon claire.
Cette situation est qualifiée médicalement de « troubles de la différentiation sexuelle » ou bien encore d’« anomalies de développement des organes génitaux ».
Il s’agit en d’autres termes de naître avec les caractéristiques féminines et masculines à la fois ou avec des caractéristiques entre les deux.
En dehors de l’hyperplasie congénitale des surrénales qui constitue une urgence vitale, la plupart des situations d’intersexuation ne relèvent pas d’une urgence médicale.
Toutefois, « les situations pour lesquelles on hésite vraiment sont rares », assure le Dr Stéphanie Rouleau, pédiatre néonatalogiste et endocrinologue au CHU d’Angers. Et dans tous les cas, « on veut bien faire, dans l’intérêt du patient ».
Chirurgie, hormones…
Il y a 15 ans, les opérations chirurgicales étaient encore systématiques. Aujourd’hui, « cela se discute davantage dans l’hyperplasie congénitale des surrénales, où on se pose à l’heure actuelle la question d’attendre la puberté pour opérer », souligne le Dr Rouleau.
Et prendre en charge de manière pluridisciplinaire pour faire au mieux.
Comme c’est le cas aux CHU d’Angers et de Nantes, où un protocole médical de prise en charge de ces situations a été rédigé en 2015.
Objectif, permettre aux médecins des autres maternités de la région d’avoir accès à des praticiens référents.
Par ailleurs, un des centres de référence des pathologies du développement sexuel à Lyon ou au Kremlin Bicêtre (Paris) est systématiquement consulté dans ces situations.
Ces spécialistes, pédiatres endocrinologues et chirurgiens notamment, tentent d’« imaginer comment la puberté de l’enfant va se dérouler et comment ses organes génitaux vont se développer ». Et surtout « si chirurgicalement on peut lui proposer un résultat satisfaisant ».
En clair, « pourra-t-il avoir des relations sexuelles, pourra-t-il avoir des enfants ? »
Le hic ? Les résultats de ces opérations ne font pas consensus.
Et les effets indésirables de chirurgies et de traitements hormonaux à vie sont loin d’être anodins. Camille opéré en 1979 rappelons-le souffre le martyre lorsqu’il urine, a des rapports sexuels… Malgré les progrès de la médecine, toute opération chirurgicale et tout traitement peuvent induire des effets indésirables, parfois irréversibles.
Ne rien faire, est-ce une option ?
« Tant qu’on rend invisibles les personnes intersexes, en considérant leur situation comme une anomalie, on sera enfermé dans la binarité homme/femme et on se permettra de les mutiler », affirme Me Benjamin Pitcho, favorable à la possibilité de déclarer un sexe neutre.
Un recours a été déposé en ce sens auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme. Car à l’heure actuelle en France, tout enfant né sur le territoire doit être déclaré fille ou garçon dans les 3 ans au maximum.
Pourquoi ne pas laisser les enfants nés en intersexuation grandir sans intervenir ?
Les médecins sont frileux à cette idée pour plusieurs raisons. « Envisager de ne rien faire, c’est décider que cet enfant ne sera ni un garçon ni une fille », souligne le Dr Emilie Eyssartier, chirurgien pédiatre au CHU d’Angers. « La société est ainsi faite que tout y est sexué, même les toilettes publiques. » Un changement sociétal est donc nécessaire.
Depèche 13/11/2017

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