vendredi 5 février 2016

PROJET 2017 de Sarkosy


Le projet de Sarkozy analysé

sévèrement par un économiste




Charles Wyplosz, professeur d'économie 
internationale à l'Institut de hautes études 
internationales et du développement (IHEID) à 
Genève, est directeur du Centre international 
d'études monétaires et bancaires.




Dans ce projet, il y a des bons principes, un peu de vague, quelques erreurs, beaucoup de trous béants et, à l'arrivée, un gros doute. Il y tant de choses à faire pour arrêter le déclin économique de la France que l'on est en droit d'attendre des candidats à la présidence des projets ambitieux qui s'attaquent à tous les maux qui ont été diagnostiqués depuis longtemps. Le projet va dans le bon sens, mais il reste en deçà de ce que l'on peut attendre.



Seule la légitimité fraichement sortie des urnes donne a un président les moyens de mettre en place des réformes.
Le bon point c'est la rapidité et la simultanéité de la mise en œuvre des mesures annoncées.
D'abord parce que la fenêtre de tir d'un nouveau gouvernement est extraordinairement brève, au maximum un an et sans doute moins.
Les bonnes réformes sont toujours controversées et suscitent immanquablement l'hostilité de tous ceux qui y sont structurellement opposés.
Le jeu politique et médiatique aboutit nécessairement à un affaiblissement dans les sondages.
La simultanéité remplit deux objectifs cruciaux.
Elle permet de répartir le poids et démontre que tout le monde est appelé à faire des sacrifices personnels pour le bien commun. De plus, certaines mesures risquent d'être contre productives parce que d'autres mesures n'ont pas été prises en même temps.
L'exemple classique est une flexibilisation du marché du travail qui échoue à créer des emplois parce que l'économie est en récession.
C'est donc une bonne idée de baisser en même temps les impôts et les dépenses.
Mais le risque est que la baisse des dépenses aille plus vite et bloque la croissance.
La solution est de tout décider simultanément mais de réduire les dépenses progressivement, suivant un échéancier précis et inscrit dans la loi.
C'est aussi une bonne idée de s'attaquer à l'impôt sur le revenu, histoire de redonner du pouvoir d'achat et de doper la consommation, et aux charges salariales, histoire d'encourager l'emploi.
Mais comme seulement la moitié des citoyens payent des impôts sur le revenu, une telle mesure est peu efficace et prend inévitablement une allure de cadeau aux plus fortunés, surtout si l'ISF est supprimé.
On voit réapparaître la funeste expérience de la loi TEPA de 2007.
La solution ici est de combiner un élargissement des bases d'imposition et, en même temps, de créer un impôt négatif de sorte que les foyers aux revenus les plus modestes voient aussi leur pouvoir d'achat s'améliorer.
Quant aux dépenses, ce qui est annoncé est trop vague pour être crédible.
Ça l'est d'autant mois que l'objectif est, semble-t-il, justifié de manière incorrecte.
Selon les statistiques de la Commission Européenne, qui sont standardisées et donc comparables d'un pays à l'autre, la moyenne européenne est de 43,6% du PIB en 2015, et non 50% comme indiqué par Sarkozy.
La France est à 52,6% et l'Allemagne à 40,9%.
L'objectif d'une baisse de 100 milliards à la fin du mandat, soit 4,5% du PIB de 2015, est donc relativement modeste.
De plus, Sarkozy n'indique pas d'où viendront ces 100 milliards.
Il ne sera crédible que lorsqu'il aura produit une liste chiffrée, destinée à être gravée dans le marbre tout de suite après les élections.
Ça fera grincer des dents mais il est plus que probable qu'une majorité d'électeurs approuveront, c'est toute la leçon de la popularité de Macron.
L'autre chantier intéressant est le marché du travail.
L'idée de sortir des 35 heures par des négociations au sein des entreprises est excellente, tout comme la promesse d'ajuster les salaires mensuels, mais qu'adviendra-t-il de la loi Aubry?
Sarkozy a déjà renoncé à s'y attaquer en 2007, alors qu'il l'avait promis.
Cette fois il n'en dit rien. Ce silence est lourd de menaces.
Envisage-t-il encore de faire alliance avec la CGT? Si c'est le cas, il n'y aura pas de réforme du marché du travail.
D'ailleurs, dans ce domaine essentiel, il manque beaucoup de choses.
On peut citer le contrat unique, destiné à rompre le désastreux chiasme entre CDI et CDD.
On ne voit rien concernant l'unique situation de la France en matière de représentativité des syndicats.
Avec 8% des salariés, en majorité dans le secteur public, ils contrôlent une quantité de décisions cruciales qui concernent toutes les entreprises privées.
Mise à part la suppression du compte de pénibilité, on ne voit rien sur toutes les tracasseries en matière de santé ou de sécurité, ni sur le droit de licenciement qui décourage les embauches.
Il va falloir être plus courageux.
De même, faire passer l'âge de départ à la retraite à 63 ans en 2020 est incroyablement timoré.
En Europe, dans la plupart des pays, on en est à 65 ans, et en route pour 67 ans.
Et puis il y a ces fameux régimes spéciaux qui n'ont pas le moindre début de justification, sinon que la CGT en fait un casus belli.
Cela vaut pour les retraites, mais aussi pour les emplois à vie.
Sur ces questions, on est très loin du compte.
Un bon point pour la dégressivité des allocations de chômage et pour la suspension du paritarisme qui rend toute réforme impossible.
Evidemment, c'est une suspension qui a pour vocation à devenir permanente.
Mais alors, pourquoi ne pas le dire.
Comme quoi la langue de bois reste incontournable, même chez un candidat qui ne trompe personne.
En 2007, Sarkozy avait promis la rupture, et il l'a enterrée dès qu'il s'est assis dans son bureau présidentiel.
Cette fois-ci, il est plus modeste. C'est peut-être un bon signe, une marque de réalisme.
Mais ce peut aussi être inquiétant. S'il ne réalise qu'en partie de ce programme minimum, il n'y aura pas grand chose à l'arrivée.
La dernière chose que l'on souhaite à la France, c'est encore un quinquennat pour rien.

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